Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 18:12

Hier, en Pologne (aussi), c’était la journée de la femme.

 

Vous me demandez ce que j’en pense ? Non ? Ca fait rien, je vous réponds quand même : un reliquat de communisme. Le machisme personnifié. Une beauferie sans nom.

 

La journée de la femme est issue, à la base, de manifestations féminines du XXème siècle. Après, chaque pays a instauré cette date à une époque qui varie et pour des raisons différentes, mais globalement, dans tous les cas, les origines sont rougeoyantes. En France, la fête a  été  « créée » par la CGT et le PCF et s’ancre dans les luttes ouvrières du début du siècle. Tout un programme. Lâchez les chiens - ou plutôt les chiennes de garde -. C’est Isabelle Alonso et Ségolène Royal qui doivent se frotter les papattes.

 

En Pologne, la fête a  été  instaurée sous le communisme. Elle collait bien avec la propagande de l’époque. Le mérite, le travail, la glorification de nos courageuses camarades... De nos jours, on n’est pas à une contradiction près : la fête communiste s’est transformée en débauche capitaliste. Si les dirigeants rouges qui ont quitté  ce monde peuvent voir ça de là   ils sont, nul doute qu’ils doivent se retourner dans leurs  tombes . Sucettes en forme de coeur avec marqué  « je t’aime » en sucre glace, roses et tulipes fades, peluches low-cost fabriquées en Chine... C’est un peu vide-grenier de la Saint-Valentin... qui était, rappelons-le, il y a moins d'un mois.

 

http://club-point-de-croix.com/local/cache-vignettes/L318xH350/Tulipes_fleurs-4f93e.jpg

(un beau bouquet de tulipes en point de croix - sublime non ?)

En Pologne, la fete a été supprimée  officiellement en 1993 ? Elle sent le beurre rance et la poussière des ateliers ? Peu importe. En 2010, ca reste LE jour où l’on voit des hommes en chemise jaune avec le marcel en dessous (pas tous heureusement : certains ont encore du goût et un peu de bon sens), offrir des chocolats infects ou des tulipes inodores achetées dans les souterrains à leurs collègues féminines, tout ca avec des manières désuètes et un sourire de playboy de supermarché qui fait très eighties.

 

Heureusement, ca n’aura duré qu’un jour. Et les 364 jours restant, on ne doit pas fêter les femmes ?

Par R des C.
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 17:53

Avant de commencer à vous parler des bobos polonais, je tiens à remercier tous les bobos de Varsovie d’être une source si inépuisable d’inspiration, le guide citydoping, le quartier Praga qui est un concept, et les quelques amis qui ont bien voulu relire cet article et l’enrichir par des ajouts et des commentaires. D’aucuns ne manqueront pas de le trouver acide ; pour ma part je vous le présente comme humoristique ; il est basé en bonne partie sur de l'observation, mais aussi sur quelques discussions dans des bars, quelques lectures d’articles et de guides, et aussi bien entendu un peu d'imagination. Donc en partie romancé. Bon voyage a Boboland en Pologne.

 

Varsovie, ville grise en passe de devenir le nouveau Berlin, a vu émerger, ces derniers temps, une catégorie de gens qu’on connait (hélas) bien dans notre bel hexagone. Une tribu dont les membres n’ont peur ni du ridicule, ni des contradictions. Vous l’aurez deviné : je vais vous parler des bobos de Varsovie. L’apparition de cette classe semblait un passage obligé dans un pays qui se développe à vitesse grand V. Une ville un peu destroy, un enrichissement des classes moyennes, le succès grandissant de l’art moderne : il n’en fallait pas plus pour que la fécondation in utero ait lieu. Brossons sans plus tarder le portrait type de ce spécimen tellement étrange.

 

D’où vient le bobo polonais, qui est-il, où vit-il ? Tout d’abord, faute de recul culturel, «il se complaît dans une représentation du bobo allemand ou français qu’il tente – vainement – d’imiter », comme me l’a si justement écrit un ami. Autrement dit, c’est une version edulcorée du bobo à la française. Un bobo sans bases stables, sans vrais combats, sans parents soixante-huitards, sans véritable identité vestimentaire (il pompe carrément sur ses voisins allemands et français), sans Paris, sans Bertrand Delanoe , et finalement beaucoup moins tolérant que son homologue tricolore.

 

Ca n’empêche pas qu’il vote Lewica i Demokraci (la gauche démocrate). Question vie matérielle, il est plutot aisé. Pourquoi ? Parce que bien souvent, il est fils ou fille de paysans de Mazovie émigrés à Varsovie après la guerre et qui se sont enrichis en achetant des appartements en ville qui, à la fin du communisme, ne valaient rien, et dont la valeur a quadruplé en vingt ans. Des presque nouveaux riches de la campagne, en somme.

 

Le bobo habite à Praga, comme tous ses amis bobos : photographes, artistes new wave, directeurs de galeries d’art. Praga est le quartier craignos de Varsovie et comme partout, le craignos et le crados deviennent à la mode (nous y reviendrons dans un prochain article). Y avoir un loft post-industriel meuble mi-design mi-IKEA est donc un point de passage obligé, une sorte d’adoubement.

 

Lorsqu’il se lève le matin, le bobo allume Radio Trojka puis se dirige vers sa salle de bains pour se laver (pas trop) et se raser (encore moins). Il termine sa brève toilette par une noix de gel déstructurant effet décoiffé et applique sa crème hydratante « gueule de bois de la veille ». Puis vient le petit dejeuner : Red Bull light, une poignée de noisettes et d’amandes bio. Ensuite, il s’habille : jean un peu serré, chemise à carreaux, gros gilet gris, boots noires mi-hauteur et lunettes de vue wayfarrer, bien qu’il n’aie pas besoin de lunettes de vue.

 

On est samedi. Notre bobo va faire ses courses de première nécessité chez Piotr et Paweł. Un couple d’ami gays ? Non, une supérette de luxe qui est l’équivalent de notre Monoprix. Puis il va chercher des produits dans une ferme bio sise aux alentours de la ville. Quel plaisir d’acheter du lait dans une bouteille en verre et des oeufs avec de la crotte de poule et de la paille collées à la coquille, c’est tellement authentique ! Pour un peu le bobo s’installerait bien à la campagne. Mais il faut rentrer en ville et continuer les courses ; notre bobo finit par son petit marché de fruits et légumes à Saska Kempa, quartier résidentiel de Varsovie (ou se trouve une partie de la communauté francaise). Et comme porter des tomates bio c’est fatigant, il va déjeuner avec Bartek, un ami photographe, dans un restaurant à sushis. Ils discutent de la prochaine expo où ils vont aller :

 

- Alors jeudi il y a le vernissage d’une expo photo sur Praga à la Fabryka Trzciny (une ancienne distillerie de vodka, NDLR).

- C’est sur quoi ?

- Comme d’habitude : sur les alcooliques et les arrières-cours d’immeubles de Praga.

- J’adore, j’adhère. Bon, on commande, tu prends quoi ?

- Des makis a l’avocat et un thé gyokuro.

- Ah bon ? Et pas de sushis au poulpe ?

- Mais non, tu sais bien que je suis végétarien, répond Pawel en sortant son agenda Hermès en cuir d’agneau retourné.

 

Ils vont prendre un café à « po drugiej stronie lustra», un bar kitsch (de Praga, bien sur) où les commodes anciennes côtoient les statuettes en plâtre de la Vierge Marie, tout ça mis en ambiance par un trio de septuagénaires jouant de l’accordéon. So 80’s.


 

Puis ils décident de se faire une sortie culturelle. Le Velib’ n’existe pas à Varsovie, c’est le drame du bobo. Il roule donc en fiat Polska. La Fiat Polska, c’est l’équivalent de notre pot de yaourt, c’est la voiture de l’anti-progrès, petite, moche, et vieille. Je suis vintage, donc je suis, tel est le credo de notre bobo. Pour lui, l’équation est simple : 1) elle a du style 2) elle fait authentique DONC elle doit rouler écolo. En verité c’est tout l’inverse, il n’y a pas plus polluant que ces voiturettes. Mais il ne faut non plus trop lui en demander.

 

http://wiadomosci.onet.pl/_i/moto/0805/fiat_wlochy_0_d.jpg

 

C’est donc en Fiat Polska que notre bobo et son ami se rendent à la galerie d’art moderne. Ils vont y admirer, mis en valeur par des néons rouges, un pan de mur du ghetto sur lequel un artiste sous acide a jeté des déjections canines et du vomi.

 

- Trop conceptuel, kurwa !

- Je valide. Mais pourquoi du vomi ?

- C’est pour matérialiser le rejet de la société de consommation qui se construit sur les ruines du passé. C’est de l’art historiquement engagé, tu vois ?

 

Ouais, je vois.

 

Le soir venu, il retrouve ses amis bobos. En vieille ville ? Que nenni, c’est territoire interdit pour tout bobo qui se respecte. Plutot mourrir que d’y mettre les pieds. Au lieu de quoi, ils se rend a Café Nowy Wspanialy Swiat. Ici, ils refont le monde autour d’une vodka-fervex (voir deux articles ci-dessous). Le capitalisme ? C’est pas bien. La religion ? C’est liberticide. Le gouvernement et l’Eglise ? Tous des cons. Le communisme ? Ca devait avoir son charme. Les droits des immigrés vietniamiens ? C’est leur cheval de bataille. Les bobos polonais sont pourtant racistes comme pas deux. Ce sont les premiers a vous dire que la France est un pays musulman, que dans le metro Parisien on se croirait en Afrique. Et ils sont bien contents, au fond, de n’avoir ni noirs ni vietnamiens dans leurs clubs et bars de bobos.

 

Après quelques verres, ils tombent tous d’accord sur l’essentiel : le palais de la culture, en fait, c’est pas si laid. Mais il serait quand même mieux repeint en rose.

 

Tous finissent la nuit à Saturator, la boite « in » de Praga, et accessoirement plaque tournante du traffic de toutes les substances illicites de la ville. Le bobo et ses amis se défoulent sur de la musique électro-stylistique tandis que sur scène, une danseuse aux faux airs de Lady Gaga qui porte un masque de girafe fait son show, show qu’elle termine complètement nue en hurlant et en s’enroulant de gros scotch marron de déménagement.

 

Le dimanche, apres un week-end aussi épuisant et militant, c’est détox pour le bobo : infusion d’herbe pré-machée par des chenilles albinos de Thailande, et massage à la vapeur et aux galets dans un institut traditionnel tibétain de savoir-faire millénaire où l’on masse avec les pieds et qui, comme tous les instituts traditionnels tibétains de savoir-faire millénaire où l’on masse avec les pieds de Varsovie, est situé à Zloty Tarasy, le dernier centre commercial hype de la ville, ilot de la consommation de masse fraichement éclos, que nous n’hésiterons pas à qualifier de Manhattan polonais.

 

Le week-end est terminé. Il n’a pas l’air comme ca, mais le bobo polonais aussi doit travailler. Le lundi, il se rend au bureau, mal rasé, comme tous les bobos du monde, son Mc Book air dans sa sacoche en cuir équitable de Russie (fabriquée par des petits russes élevés en liberté dans les steppes et nourris à la vodka, Label Rouge certifié) en bandoulière. A la pause, avec ses collègues graphistes, il n’hésite pas à faire l’apologie du socialisme et prône un retour à un monde d’où les grandes marques seraient absentes, un gobelet de Frappe Latte Moccachino Triple Caramel Supersized Light Sugar Free de chez Starbucks à la main. Parce qu’il est comme ça notre bobo varsovien : il n’a pas peur des contradictions.



 

Le soir, il rentre épuisé du bureau. Avant de se coucher, il jette un coup d’oeil à son agenda surchargé pour la semaine :

 

- mardi, manifestation de soutien aux immigrés Vietnamiens qui ont pris en otage des clients du centre commercial

- mercredi, yoga sanskrit

- jeudi, préparation de la gay pride pour mars

- vendredi, vodka-fervex avec des amis dans une usine désaffectée

 

Et il s’endort comme un bienheureux dans son loft à 500 000 zlotys, convaincu d’avoir une utilité sociale et une vie en adéquation avec les valeurs qu’il défend, en oubliant qu’il est finalement un boulimique de la différenciation à tout prix, et en crise existentielle permanente.

Par R des C.
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 19:13

Cher tous,

 

Il est 16h30, il fait nuit. Normal. Voici les nouvelles fraîches – c’est le cas de dire -. Commencons par un petit update météo : Les températures sont revenues à un niveau raisonnable, espérons que les grands froids sont passés. Il faisait tout de même – 25 degrés le mois dernier... En revanche il n’a pas arrêté de neiger ce week-end. Pas à gros flocons, non, mais suffisament pour recouvrir d’une énième couche de neige les congères qui sont la depuis déja deux mois, puisque tout ca ne fond pas. C’est beau mais pas terrible pour la circulation, et marcher à certains endroits de la ville nécessite une bonne dose d’agilité et des chaussures adaptées. Et donc un compromis sur le style vestimentaire. Oui, désormais, moi aussi je porte cette  horreur, sorte de modèle mutant entre la chaussure et la botte. Un scratch, un zip, et zou ! Je vous mettrai bien quelques photos mais j’ai un gros problème en ce moment, comme depuis 15 jours : je n’ai plus internet à la maison.

 

En France, on a mardi gras. En Pologne ils ont le jeudi gras, ou « Tlusty Czwartek », et c’etait jeudi dernier . Ce jour-la, ce ne sont pas des crêpes que l’on mange, mais des « paczki », gros beignets fourrés à la confiture et recouverts de sucre fondu et d’ecorces d’orange confites. C’est délicieux, mais un peu bourratif : deux suffisent largement. J’en ai donc mangé quatre.

 

 

A Varsovie, le dispositif déployé ce jour-la pour la vente de paczkis était assez impressionnant au niveau logistique. C’est les pâtissiers qui ont du se frotter les mains ! Il s’en est vendu des pleins cageots, des caisses spéciales étaient ouvertes dans les magasins, et partout les commercants se battaient à coup de promotions et de lots de beignets. Particulierement bons et appreciés : ceux de chez Blikle, à la rose, parfumés à la fleur d’oranger et parsemes d’écorces d’oranges confites. Un délice à 70 centimes pour lequel les gens n’hésitaient pas à faire la queue pendant une demi-heure et dont même le général de Gaulle était friand.

 

Et que ca soit mardi gras ou jeudi gras, ces festivités précèdent le Carême, période de jeune qui elle-même précède Pâques, la fête la plus importante pour les catholiques, et donc particulièrement en Pologne. Durant cette période qui fait référence aux 40 jours que Jésus Christ a passé dans le desert, l’Eglise demande aux fidèles de faire des efforts et de se priver d’une ou plusieurs choses superflues. Et le Carême commencant mercredi, demain soir, les boites de nuit de Varsovie seront parait-il pleines à craquer. Après-demain, elles seront vides (ou presque).

 

Voila les amis. Take care et pour ceux qui me posent la question d’un éventuel retour en France le temps d’un week-end : pour le moment, rien de prévu de manière sure mais je réfléchis à une date au printemps. Et ma porte vous est toujours ouverte (mais je vous conseille d’attendre un mois ou deux pour me rendre visite tout de même).

 

Au fait, le prochain article parlera des bobos de Varsovie...

Par R des C.
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 12:20

Il y a de ces lieux que tout Varsovien, s’il veut être un minimum branché, se doit de connaître. Or, il se trouve que je me suis retrouvé, totalement par hasard, dans ces deux endroits coup sur coup ce week-end. Je vais donc pouvoir vous en parler un peu.

 

Le premier s’appelle Kawiarnia Nowy Wspaniały Świat

 
Il est situé en plein centre ville et a ouvert ses portes il y a quelques mois. Paradoxalement, en y entrant, on a l’impression que les gens qui s’y trouvent sont déja des habitués. C’est sûr, c’est leur repaire. Peut-être parce que c’est le premier café de ce type à Varsovie : en semaine, il s’y donne des débats contestaires d’intellectuels de gauche. L' intérieur en lui-même n’a absolument rien de transcendant, mis à part sa taille et le fait qu’on puisse s’écrouler dans un des poufs en cuir remplis de billes de polystyrene qui se trouvent dans la salle du fond. Le week-end, c’est un bar fréquenté par une faune hétérogene constituée en partie d’étudiants ; pour certains, défoulement avec défonce. Décibels largement au-dessus de la limite autorisée, bières pas chères servies sur un comptoir en brique, sol poisseux des breuvages deja renversés... Dans les toilettes, les gens prennent de la cocaïne. Sur les tables, ils plannent avec un nouveau mélange : vodka-Fervex (je rappelle que Fervex est à la base un médicament anti-rhume en poudre). Mais, outre ces substances, qu’est ce qui galvanise la foule ? Réponse : chaque semaine, un DJ en vue qui vient mixer. Ce soir-la, il porte un masque de catcheur et passe de la musique électronique ; un « animateur » chante et fait la beat box par-dessus la musique. Avec son look total cuir, son t-shirt noir, son bandana noir, sa barbe, ses lunettes de sie ses rangers à clous, il en impose. On croirait un Hell’s Angel. Tout le monde trépigne. Un type à coté de moi m’agresse. Les yeux dans le vague, il bafouille en polonais et me postillonne à la figure. Deux filles très blondes, très maquillées, habillées très court et très échancré investissent la piste. « Des professionnelles », me glisse un ami à l’oreille. Non, décidément, je ne suis pas dans l’ambiance. Malgré tout, l’endroit vaut le coup d’oeil pour se rendre compte de ce qu’on peut entendre par « renouveau de la jeunesse varsovienne ».

 

Le deuxième est une institution de plus longue date : Café Kulturalna.

 

http://www.pora.pl/resources/n/49/9149/kul-zdj11/cafe-kulturalna-w-teatrze-dramatycznym.JPG

 

Ce café-bar se trouve dans le très controversé Palais de la Culture, sorte de Big Ben communiste laissé en « cadeau » par Staline et dont vous pourrez voir des répliques moscovites en regardant le film « l’affaire Farewell ». La journée, il sert d’étape-collation pour ceux qui visitent le Palais de la Culture (si tant est qu’il y ait quelque chose à voir). Le week-end, il s’y donne souvent des petits concerts ou se retrouvent les jeunes branchés de Varsovie. Attention, je ne vous parle pas de la jeunesse « dorée «  (celle-la porte du Gucci et est à Foksal), mais bel et bien de la jeunesse branchée, dont le credo tient en un mot : VINTAGE. Appareils Lomos, baskets fluos, vestes en velours de friperie et fleur en tissu dans les cheveux : Tecknikart ferait un article formidable.

 

Avec un parquet sans âge et rarement ciré, des grands lustres assez laids, des fauteuils et des canapés en nylon aux couleurs flashys, on peut dire que l’intérieur est cosy et que la déco hésite entre l’entre-deux guerres et le communisme. On est samedi soir. Je m’y rends avec deux amis polonais pour un concert. A l’intérieur donc, les jeunes branchés. Avec mon petit pull et ma chemise à rayures, c’est sur, je fais tâche. Sur scène, le groupe qui doit faire son concert. Instruments : un synthé des annnees 60, une espèce d’harmonium, un cadran plein de boutons et de bidules. Il parait que celui qui tape sur l’harmonium est aussi un pianiste de renom. Il cache bien son jeu. La musique est très, comment dire... surprenante. On a l’impression qu’ils passent leur temps à faire des réglages mais en fait non, ils jouent. Je suis sur que si je posais une assiette pleine de pièces de monnaie et de composants électroniques sur ma machine à laver en cycle essorrage, j’obtiendrai les mêmes sons. Malgré l’éclectisme ambiant, la mayonnaise ne prend pas : le public est dubitatitf. Meme J., qui est fan de ce groupe, doit admettre que c’est un peu décevant. L’ambiance ne décolle pas. Donc c’est nous qui décollons.


Il ne me reste plus qu’ à aller à Praga, le quartier à la mode, photographes et bobos obligent (accessoirement, quartier craignosse il n’y a pas si longtemps), et je serai bientôt en mesure de vous sortir un guide du Varsovie Alternatif. Mais on verra au printemps...

Par R des C.
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 12:15

La vie à Varsovie est aussi confortable qu’un édredon bien chaud en plumes d’oie. Quelques amis, un salaire tout à fait correct, un appartement de taille raisonnable, des temps de trajets maison-bureau très courts, une culture classique vraiment accessible, des bons restos, des bars pas chers, et pas mal de temps libre : pas de quoi se plaindre.

 

Oui, mais voilà. Un ami polonais m’avait dit : « tu verras, Varsovie est assez provinciale ». C’est assez bien résumé. Varsovie c'est sympa, mais ça n’est pas une métropole d’envergure internationale. C'est une ville où, bien souvent, les étrangers ne font que passer. J’ai d’ailleurs moi-même accueilli quelques francais qui, au final, sont partis avant moi.

 

Le centre est de taille relativement réduite, il est facile d'en avoir fait le tour en quelques jours. Les musées et lieux à visiter sont intéressants, mais je les ai presque tous vus, et certains même plusieurs fois : le palais de Wilanow (5 fois), le musée historique de la ville (4 fois), le château royal (4 fois), le musée de l’insurrection (3 fois), le musée national (3 fois). En fait, au bout d’un moment, on a envie de s’échapper. Les conditions climatiques actuelles  - neige sale, grisaille et nuit a 16h - y sont-elles pour quelque chose ? Ce n’est pas exclu.


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Donc, je vais quitter un peu Varsovie pour les week-ends à venir. Au niveau polonais, depuis 8 mois que je suis ici, j'ai déja visité Cracovie, Gdansk, Sopot, Oliwa, Poznan, Torun. J'aimerais bien visiter Wroclaw, Auschwitz, Zakopane, Lodz, Lublin, Malbork. En Europe, depuis le début de mon sejour ici, j'ai déja visité Prague, je pars ce week-end à Vienne, et en février à Bruxelles et Milan. Et quitte à être en Europe Centrale, j'aimerais bien aller à Berlin, Budapest, Bucarest, Bratislava, Vilnius, Riga, Talinn, Kaliningrad. Au niveau mondial, je prevois cet été de me faire un petit circuit Syrie-Liban-Jordanie : Damas, Beyrouth, Antioche, Tripoli, Amman... j’en salive rien que d’y penser.

 

Pourquoi ce désir de partir ? Lamartine a dit : « Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie ». Je pars donc peut-être pour, inconsciemment, me rapprocher de cet idéal utopique d’homme complet auquel j’aspire, et en tout cas, pour tenter d’être davantage moi-même. Ce qui explique que je ne tiens plus en place. Je suis un voyageur tardif, j’ai pris l’avion pour la première fois de ma vie à ... 17 ans. Et depuis, le virus ne m’a plus quitté.

 

Je n’hésiterai pas à parler de jouissance si le mot n’était pas sexuellement connoté ; il convient donc plus de parler du plaisir extrême que j’éprouve à faire mon sac, voir les paysages qui défilent, découvrir, réfléchir, confronter mes idées, remettre en question, apprendre quelques mots d’une nouvelle langue, m’émerveiller devant des oeuvres d’art, devant des paysages, me retrouver dans des situations un peu imprévues, négocier, charmer, m’intégrer, repartir, me souvenir. Etre libre, en somme. Parce que partir sac au dos implique également de se libérer d’un certain confort, et de ces petits objets du quotidien qui nous emprisonnent : smartphone, Ipod, ordinateur portable...

 

En bref, j’ai la nostalgie des voyages que j’ai faits et que j’aurais souhaité plus complets, et aussi la nostalgie des voyages que je n’ai pas faits.

 

Si vous vous reconnaissez dans cette description, faites votre sac à la va-vite, et courrez pour attrapper le même train que moi. Il y a tant de monde(s) à decouvrir ! Mais autant vous prévenir : je pars pour mieux revenir.

Par R des C.
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