Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 10:41

Le froid soleil d'octobre filtre à travers mes minces rideaux. Maudit soleil, qui m'aura encore une fois empêché de faire une grasse matinée à Varsovie. Combien de fois me suis-je retourné dans mon lit en maugréant, un samedi ou un dimanche à 8h du matin, après quelques insuffisantes heures de sommeil ? Combien de fois me suis-je promis de faire fortune en Pologne en lançant le business des persiennes et des volets ? Mais aujourd'hui, pour la première fois, je suis content d'avoir été réveillé plus tôt. Pour mieux profiter des mes derniers instants ici.

 

Car je pars. Concrètement : mon contrat est arrivé à sa fin, je rentre en France lundi 1er novembre. En Normandie dans un premier temps, puis je l'espère, assez rapidement, à Paris, pour un avenir qui reste à écrire. 

 

J'aurais passé ici 18 mois. Ca en fait, des sonates de Chopin ! Le temps passe vite, et Varsovie évolue... pour un peu, je ne reconnaîtrais moi-même plus la ville où j'ai débarqué il y a 18 mois. Une avenue Marszalkowska dont les magasins ont totalement changé, un nouveau musée, de nouveaux restaurants, un nouveau stade, la destruction du marché russe, la disparition du Cinnamon (remplacé par Noble Bank), de nouveaux bars, des tramways flambants neufs. La ville vit, elle change.

 

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Qui sait si, la prochaine fois que je reviendrai, les endroits que j'ai aimé n'auront pas disparu sous terre, remplacés par d'autres ? Kamieniolomy ne sera-t-il pas transformé en garage pour les clients de l'hôtel Europejski ? Czarny Roman arpentera-t-il encore la rue Chmielna, apostrophant les passants ? Przekaski Zakaski continuera-t-il à rassasier et abreuver ses clients 24 h / 24 ? Les pressions de l'Hôtel Bristol et du président Komorowski n'auront-ils pas raison de sa clientèle nocturne ? Pan Roman raccrochera-t-il son tablier noir et son sourire au vestiaire ? L'immeuble branlant du 5-10-15 finira-t-il démoli, comme ce qui était prévu ? Restera-t-il encore des bars à lait dans quelques années ? 

 

Oh, bien sûr, une destruction est toujours remplacée par une construction. Le palais Saski, place Pilsudskiego, renaîtra sans doute de ses cendres. L'ancienne banque de Pologne, dont j'ai souvent contemplé, hébété, les ruines chargées d'histoire, va devenir un centre d'affaires ultra-moderne. Il y à fort à parier qu'on construira quelque chose place Defilad, à l'endroit du grand vide qui s'y trouve actuellement. Le stadium de Praga sera prêt - espérons-le - pour l'Euro 2012. Dans quelques années, on pourra emprunter la deuxième ligne de métro dont les travaux ont commencé. Les nouveaux trams auront peut-être, dans quelques temps, définitivement remplacé les anciens, témoins d'une époque révolue. Même la gare centrale devra passer sur le billard pour un sérieux coup de bistouri. 

 

Car c'est ainsi que vit Varsovie, au rythme des pelleteuses et des grues. Tandis que d'autres villes, plus belles sans doute, vivent un peu figée dans l'image qu'elles renvoient d'elles-mêmes dans le monde entier, Varsovie, défigurée, détruite, mais décomplexée et transfigurée dans sa laideur, n'a de cesse de faire peau neuve.

 

Avant de quitter cette ville où je me suis tant plus, je voulais, tout simplement, remercier les gens que j'ai rencontré lors de ces 18 mois. Merci pour ces rencontres, pour nos discussions, vos explications sur la Pologne, qui m'ont permis de mieux comprendre comment ma patrie d'adoption fonctionnait. Ma seconde patrie. Merci pour votre patience et mon indulgence vis-à-vis de mon polonais (que je continuerai à apprendre, c'est promis !), merci pour vos surprises, merci pour ces soirées, ces découvertes, ces bons moments. 

 

C'est, non sans nostalgie, que je repense à tout ce qui va me manquer ici : 

- les amis, bien sûr

- les soirées polonaises : before en appartement et soirée à Kamieniolomy, bien souvent

- Kamieniolomy justement, un peu ma seconde maison

- la vodka, inévitable complice de ces soirées

- les pseudo-discussion politiques avec les polonais qui ont un peu trop bu

- les nombreuses sorties... coût de la vie oblige

- les pierogis et la soupe (ou plutôt : les soupes, tellement il y en a)

- la conduite des polonais

- les taxis qui coûtent que dalle

- les clubs tous les uns à côté des autres

- les bars à lait et leur clientèle hétéroclite

- les concerts de Chopin en plein air

- le côté alternatif des bars et des clubs de Praga

- les "co kurwa", inévitables justement à Praga

- les 15 minutes de trajet boulot-maison

- l'opéra et les ballets, tellement accessibles

- les cours d'histoire de S.

- mon grand appartement

- les balades au parc Lazienki

- les lunches à U Kucharzy

- les guichetières tellement peu aimables que c'en est risible

- la taille humaine de la ville

 

Un livre se ferme, j'en ouvre un nouveau. Soigneusement choisi dans la bibliothèque. Avec des pages blanches qui restent à noircir. J'ai une volonté de fer : tenter de retrouver la France, mon pays, avec des yeux nouveaux. Une fois rentré en Normandie, tandis que je boirai un bol de barcz czerwony (dont j'ai fait des provisions avant de partir) en écoutant du Chopin - what else ? -, je garderai, dans un coin de ma tête, une place pour la Pologne et pour les polonais qui m'ont si bien accueilli. Pour toujours.

 

Dziękuję wszystkim moim znajomym, nigdy nie zapomnę. Zawsze będę pamiętać.

 

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Par R d C.
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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 00:41

Elle est loin l'époque où je pouvais me dire, en pensant à mon séjour polonais, que je n'en étais encore qu'au début. Maintenant, c'est la fin et paradoxalement, le début, il me semble que c'était encore hier. C'est compliqué hein ?

 

Bref. Un soir d'octobre. Il fait froid... oui, il fait froid en Octobre en Pologne. Une amie invite un ami français à diner chez ses parents. Parce que ses parents voulaient dire au revoir à ce petit français qui rentrait bientôt en France... gentille attention, parents très sympathiques qui l'avaient accueilli à de nombreuses reprises. Il accepta donc avec plaisir. Sans se douter de rien. Ou presque : il eut un doute en gravissant les marches de l'immeuble : d'habitude, les polonais ne dînent pas à 20h, ils dînent plus tôt. Mais en arrivant dans l'appartement, tout semble normal. Ouf : le jeune homme est du type émotif. Il reprend ses esprits et c'est alors qu'une douzaine d'amis, sortis de nulle part (en fait, si, sortis de derrière les rideaux) jaillissent tous en même temps en criant "surprise" ! Une bien belle surprise, en effet. C'est à croire qu'on veut qu'il pleure ! Bref, le jeune homme remercie bien tous ses amis qui lui ont fait ce beau cadeau inattendu. Sans doute l'un des plus beaux qu'il aie jamais reçu.

 

Le lendemain soir, soirée de départ. Thèmes : lunettes moches. Après la soirée pull moche, ça s'imposait... moins trash c'est sûr.

 

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On était une trentaine, c'était ma foi fort sympa. Une bonne manière de dire au revoir aux gens.

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Le freak-coloc était là. Il m'avait dit la veille : "tonight I want to go to bed at 11 PM". J'ai failli lui répondre qu'il pouvait se mettre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, mais je ne sais pas comment on dit ça en anglais.

 

J'ai hésité à faire un article sur lui, et puis je me suis dit que ça ne serait vraiment pas très gentil (parce que j'aurais eu du mal à ne pas tout raconter). Pour vous donner une idée, disons juste qu'une nuit, j'entends un boucan d'enfer : meubles déplacés, placards ouverts, bruits de vaisselle, chasse d'eau, portes qui s'ouvrent et se ferment, et lumière dans le couloir. Je tends l'oreille. Impossible de me rendormir. Je regarde ma montre : 4 heures du matin ! Freak ! Je prends alors le parti de me lever, j'ouvre brusquement ma porte de chambre et je vois mon coloc, à quattre pattes, en train de cirer des chaussures. Visiblement il est très surpris par ma sortie et fait un bond en l'air :

 

"- Andrzej ! What the hell are you doing ?!

- Well... am I getting too noisy ?

- (Non non, c'est juste moi qui suis du matin) : of course you are ! what's this mess ?

- Well......... I went to bed at 7.30 PM, so I am not tired enough, so I decided to clean the flat and my stuff.

- I don't mind. Stop it. Go back to bed ! Right now !

Et il a du voir que j'étais énervé. Le lendemain, je viens le trouver et lui dit :

- Andrzej. About yesterday. Don't do it anymore. Never EVER". Fin de l'histoire.

 

Enfin, ces histoires de coloc sont presques finies. Je ne me remettrai plus JAMAIS en coloc avec quelqu'un sans avoir étudié son profil psychologique au préalable. Parce que les psychos qui font le ménage avec leurs gants en latex un lundi à 4h du matin MERCI.

 

Cette digression ne doit pas me faire oublier de vous dire l'esentiel : je pars à Bucarest puis à Budapest pour un petit voyage de 10 jours, je ne serai donc pas disponible, et pas joignable par téléphone. A moi le paprika, le goulash, les bains, les roms. Piètre résumé, je sais : je suis fatigué, on va à l'essentiel. Un voyage dont je rêvais depuis longtemps et que je suis content d'avoir booké longtemps à l'avance : aujourd'hui, je ne sais pas si j'aurais eu le courage de sacrifier mes derniers jours à Varsovie pour partir à l'étranger. 

 

A bon entendeur les amis : à bientôt !

 


 




 


Par R d C.
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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 22:35

A Varsovie, il semble qu’une catégorie de gens se soient ligués, il y a fort longtemps, pour faire subir aux Varsoviens toutes sortes de moqueries et d’humiliation. Ces gens-la n’ont ni foi ni loi, ils n’épargnent personne, ne font de cadeaux à personne. En deux mots, ils n’ont pas de coeur. Je veux bien entendu parler des chauffeurs de bus et de trams de Varsovie. 

 

Métro Ratusz Arsenal, lundi 6 septembre, 7h45. Une vieille dame monte péniblement les marches du métro avec sa canne. Elle reprend son souffle et voit alors que son bus, qui passe toutes les demi-heures, est là. A la perspective de le rater et de devoir passer trentes minutes dans le froid (oui, il fait déjà froid à Varsovie), elle se dépêche, elle remet en marche la mécanique rouillée de son vieux corps, elle part, elle s’évertue, elle se hâte avec lenteur. Dans son rétroviseur, le chauffeur l’observe, tête baissée et regard noir. Encore trois mètres... la vieille dame souffle et met sa canne sur le marche-pied, pensant que la victoire lui tend les mains. Las, les portes lui claquent au nez. Mais le chauffeur pousse le vice jusqu’à ne pas démarrer tout de suite... cela laisse le temps à la vieille dame de toquer de sa canne à la vitre, et de faire des signes au chauffeur. A l’intérieur, les passagers sont atérés. Ils connaissent cette scène par coeur, pour l’avoir déjà mille fois vécue. Et c’est ce moment-là que le bus choisit pour démarrer en trombe, laissant notre septagénaire et sa canne à bout caoutchouté en plan. Cette scène est, hélas, très courante. Au moins les chauffeurs ne semblent-ils pas exercer de discrimination : étudiant en retard en cours, jeune homme d’affaires ayant une réunion importante, mère de famille débordée avec sa poussette et ses deux enfants : tout le monde y passe, sans distinction !

 

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Mais revenons à notre bus, et aux heureux passagers qui ont réussi, au prix d’une course effrénée, à prendre le satané transport en commun. Vous croyez qu’ils sont tirés d’affaire ? Pas du tout ! Le plus dur reste à faire : rester debout. Parce que bien souvent, le chauffeur se prend pour un pilote. Et vas-y que j’te coupe la route, et que j’accélère au feu orange, et que je freine brusquement. A chaque fois c’est inévitable : les malheureux qui ont oublié de se cramponner aux barres d’aluminium sont projetés comme des boules dans un flipper. Et bing, la tête contre la vitre, et bam, le dentier sur le dossier du passager avant – compte double -. A croire que les chauffeurs se lancent des défis entre eux : « avis à tous les chauffeurs de bus, ici Tomek, j’ai fait tomber 3 vieilles d’un coup » - « ici Bartek, moi je viens de faire tomber 5 gamins dont 3 petites filles ».

 

Les chauffeurs de trams, quant a eux, aiment penser qu'ils sont des manèges à sensation. Monter dans un tram, c'est monter dans le grand 8, sensations garanties. Les chauffeurs de tram, en tout cas, n'aiment pas les voitures qui empiètent sur leurs rails. Ils se font un devoir de le leur faire savoir, avec force klaxons et freinages brusques.

 

Les chauffeurs de bus et de trams varsoviens prennent un malin plaisir, semble-t-il, a multiplier les petites vexations envers les usagers. Sans doute pour se venger d’avoir un travail qu’ils n’aiment pas ? Ultime exemple. Un arrêt de bus à Praga. Une vingtaine de gens attendent sous l’abribus, pour se protéger d’une pluie battante, tandis que le panneau des arrêts est situé un peu plus loin. Le bus arrive : va-t-il s’arrêter là où les gens sont massés, où bien au panneau ? Réponse : au panneau (et même un peu plus loin, s’il est vicieux, ce qui est souvent le cas). Forçant toute la petite troupe à courir.

 

Pour ma part, j'ai choisi la tactique de l'ignorance : si je vois qu'un chauffeur de bus m'a vu, je me force à marcher le plus lentement possible et à ignorer ce dernier. Tu crois que je vais courir pour toi, Duschnok ?

 

Alors, les chauffeurs de bus et de trams de Varsovie sont-ils des enflures ? Je n'ai plus peur de pousser ce cri libérateur : OUI ! Vous croyez que j’exagère ? Que je fais du mauvais esprit ? Bon… peut-être un peu… quoique…à peine…en attendant, prenez le bus et le tram à Varsovie, et on en reparlera.

 

Par R d C.
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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 10:33

Samedi 25 septembre, 19h30. Aux Arcades Kubicki du Château Royal de Varsovie, une foule se dirige vers les grilles de l'entrée. Une multitude de taxis, de voitures noires aux vitres fumées, et aussi quelques véhicules d'ambassade, déposent d'élégants passagers. Les hommes, droits comme des I, cheveux soigneusement coiffés, sont en smoking. Les femmes, gracieuses, sont en robe longue. Ça et là, des chignons soigneusement structurés. Quelques perles, quelques diamants, quelques chevalières relèvent l'éclat de la tenue. Mais que se passe-t-il ce soir à Varsovie ?

 

 

Revenons un peu en arrière. Depuis plusieurs années, sous le haut patronage de l'Ordre de Malte et la férule de Mme Jolante Mycielska, a lieu, tous les deux ans, le bal des débutantes de Varsovie. Le bal des débutantes est, à la base, une tradition anglaise, qui célébrait autrefois l'entrée dans le monde des jeunes filles de la bonne société. Le concept s'est peu à peu exporté dans l'Europe entière, pour finir par gagner la Pologne, il y a dix ans de cela.

 

C'est un peu THE événement de l'année à Varsovie, on m'en parlait quasiment depuis mon arrivée. Il n'existe apparemment pas, en Pologne, de rallyes. Ainsi, le bal polonais des débutantes n'a rien à voir avec son homonyme français, qui est devenu un événement jet-set un peu vulgaire qui sert de vitrine aux marques de luxe. Non, en Pologne c'est plutôt comme une grande soirée de rallye inter-générations. Toutes les grandes familles polonaises sont présentes, et on trouve également une petite touche européenne : il y avait ainsi de nombreux invités venant de toute l'Europe : Italie, Espagne, Autriche, Belgique, Irlande, France. Le prétexte est, bien entendu, caritatif.

 

Depuis deux semaines, une soixantaine de débutants prenaient des cours de danse neuf heures par jour. Issus aussi généralement de grandes familles polonaises (plus quelques fils et filles de sponsors) et européennes, ces jeunes entre 18 et 25 ans, dont certains venaient en Pologne pour la première fois, organisaient aussi à tour de rôle, chaque soir, des fêtes chez les uns et chez les autres. Et je peux vous dire qu'on s'y amusait jusque tard dans la nuit, comme un samedi soir. Pour certains, les cours du lendemain ont du, plus d'une fois, être une rude épreuve !

 

 

Bref. Tout ceci nous amène au samedi 25 septembre. Après un marathon éreintant (Varsovie - Roissy - Paris - Rambouillet - Epernon - Paris - Roissy - Varsovie) et quelques siestes par-ci par là, je me présente comme tout le monde, en smoking. Je retrouve à l'entrée C., une amie de France venue spécialement à Varsovie pour l'occasion.

 

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Ce soir, une bonne partie des amis polonais que j'ai connus cette année sont présents. Nous nous dirigeons vers l'entrée et récupérons nos cartons pour le dîner. Non sans mal : ils sont étalés sur une table en longueur et classés par ordre alphabétique. Les comtesses emperlées soufflent dans le dos de ces messieurs emplastronnés et empapillonnés, les hôtesses à oreillette intégrée, complètement débordées face au flot humain, tentent de mettre un peu d'ordre. Ça se bouscule et ça joue des coudes, et vas-y qu'j'te plante mon coude dans les côtes. Bref, c'est le bordel.

 

L'épreuve passée, nous nous dirigeons dans une immense tente, montée pour l'occasion sur la pelouse du château. Parquetée et tendue de draps blancs au plafond que décorent quelques lustres, elle comprend une vaste scène pour l'orchestre, une soixantaine de tables dressées pour le diner entourant une grande piste de danse. Apres quelques mots de bienvenue, aux sons d'un orchestre, le rideau s'ouvre sur un tableau vivant représentant les débutants, qui entourent le pianiste Przemyslaw Pankiewicz jouant une polonaise. Et enfin, la présentation des débutants commence. Les jeunes filles sont en robe et gants blancs, les jeunes hommes sont en frac et nœud papillon blanc. Port altier, menton relevé et sourire aux lèvres, ils exécutent tous avec grâce les danses durement apprises pendant deux semaines : valses viennoises, Mazurka, Oberek, et Krakowiak. Certains ont clairement un niveau professionnel. Évoluant avec aisance sur le parquet flottant, tout n'est qu'envolées, mouvements de bras, portées, entre valses gracieuses et danses folkloriques énergiques.

 

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À peine le temps de dire ouf, c'est déjà fini : ca n'aura duré qu'une demi-heure. De nombreux débutants se précipitent, et c'est attendrissant, dans les bras de leurs parents pour les embrasser et les inviter à valser. Fierté des parents devant leurs chères têtes blondes ! Hélas, la valse est un art que je ne maîtrise pas du tout : je me contente donc de rester sur le côté pour regarder, mais le spectacle est digne d'intérêt. Puis le diner commence. Par mégarde, on m'a placé à une table de suédois.

 

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Heureusement ces derniers sont tous très sympathiques et parlent parfaitement anglais. L'un d'eux m'explique qu'avec sa bande d'amis, ils écument les bals d'Europe. Quelques verres de vin m'aident à faire tomber les dernières barrières de la timidité. Ma voisine de gauche est créatrice de gants et a pignon sur rue à Paris. Elle me tend sa business card - fort bien, contact est pris -. Le diner est servi plutôt rapidement et tout à fait honorable : un exploit quand on connait le sens culinaire parfois surprenant des polonais et le peu d'efficacité des serveurs dans les restaurants.

 

Un concours de costume (le thème de la soirée est "Chopin", pour changer) couronne une dame et sa robe en soie représentant une partition ; elle porte également un peigne en piano pour contenir son chignon.

 

Le reste de la soirée se poursuit en retrouvailles, valses, quelques rocks, cigarettes menthol fumées dehors entre deux effluves de parfums capiteux, discussions avec des amis français et polonais, et quelques vodkas pour digérer le tout. Tout se termine vers 5h du matin, et une partie des jeunes se dirige vers le désormais mythique Klub Kamieniołomy pour un after. Surprise des derniers clients qui voient arriver deux cents jeunes en smoking et robe longue ! L'ambiance est excellente et la fête durera, parait-il, jusqu'a 8h du matin, tandis qu'extenué après ce marathon, je quitte les lieux à 6 heures.

 

Le lendemain, pour clore le week-end, a lieu une messe à la cathédrale de Praga, suivie d'un brunch dans la crypte, le tout au son d'un orchestre jazzy. Les plus courageux sont venus, certains avec leur valise, avion oblige. Rien de tel qu'un bon bigos après une telle soirée.

 

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En fin d'après-midi, peu à peu, les gens partent. Un certain nombre de débutants étrangers s'envolent, non sans nostalgie, et on peut les comprendre : certains ont renoué avec de lointaines racines polonaises, et tous auront vécu intensément dans un cocon pendant deux semaines. Un cocon fait de nouvelles rencontres, de cours éreintants, de soirées sans fin, couronnées par un bal réussi.

 

Pour ma part, avec la fin de ce bal, j'ai le sentiment de quelquechose d'achevé ; j'ai pu revoir de nombreux amis polonais ce soir-là, dont certains pour la dernière fois avant mon départ ; j'ai également eu l'occasion de reprendre contact avec la France. Le compte à rebours avant mon retour peut maintenant commencer.

Par R d C.
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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 12:43

Chers tous,

 

Je suis rentré il y a 10 jours du Proche-Orient et je dois bien vous avouer que ce voyage d'un mois avec cinq amis décoiffait. Nous sommes partis à six pour un périple Liban-Syrie-Jordanie, avec tout de même la plupart du temps passé en Syrie.

 

Du Liban, je retiendrai Beyrouth, grande agglomération tentaculaire dont le centre-ville riche et rutilant ferait penser à un Paris oriental, son air chaud, moite et sucré, les paysages montagneux parsemés de cèdres à la sève odorante du Chouf, la citadelle de Byblos et ses plages luxueuses, la magnificence du site antique de Baalbek, les "bienvenue au Liban" souriants des gens dans la rue.

 

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De la Syrie, je retiendrai l'ambiance si particulière de la mosquée des Omeyades, le soir, lorsque les lumières de la ville se reflètent sur le sol en marbre, les odeurs des épices et l'agitation continuelle des souks de Damas, la vapeur des hammams séculaires et l'odeur de savon d'Alep, la balade en chameau à Palmyre à travers les colonnes, le sens commercial des pseudo-bédouins et de leurs faux bijoux en argent, les ruines et l'incroyable ascétisme de Saint Siméon sur sa colonne, le glouglou des narguilés parfumés à la pomme, l'appel du muezzin à la prière à 4h du matin, les monumentaux site antiques, les impressionnants châteaux des croisés.

 

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De la Jordanie, je retiendrai l'incroyable beauté qui devrait le classer au rang de merveille du monde du site de Petra, le désert rouge enchanteur du Wadi Rum dans lequel nous avons dormi à la belle étoile, la panne de voiture qui nous a valu de connaitre l'hospitalité orientale, l'incroyable diner de fin du Ramadan qu'on nous a servi, les couchers de soleil tous plus beaux les uns que les autres, l'étrange sentiment de flotter dans la Mer Morte, la sérénité de la réserve de Dana et la beauté des récifs coralliens d'Aqaba.

 

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Nous aurons côtoyé, parfois de très près, un tas de frontières : israélienne, égyptienne, arabe, turque, irakienne. Autant de pays, autant de raisons de revenir, un jour, au Proche-Orient. Cette croisée des cultures, ces influences, ces conflits que nous avions l'impression de mieux comprendre, presque de pouvoir palper : quelle expérience incroyable ! Par sa langue envoutante et poétique comme un miel exotique, sa profondeur religieuse mystique, le monde arabe s'offrait, paré de ses plus beaux atours, à nos yeux ébahis de petit occidentaux.

 

En résumé, sans doute l'un des plus beaux et des plus instructifs voyages que j'aurais fait. C'est ce que je me disais, au retour, en visitant Riga en escale, cheveux au vent et keffieh autour du cou. Amplitude thermique : 30 degrés. Soudain, l'impression de n'être plus à ma place, soudain l'impression qu'il aurait fallu voyager beaucoup plus qu'un mois, soudain l'impression que le monde arabe, j'aimerais bien le découvrir davantage, soudain l'impression que le Proche-Orient, j'y retournerai.

 

PS : ces magifiques photos sont l'oeuvre d'Alix de Chatelperron.

Par R d C.
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