Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 01:21

Chers tous,

 

Je pars pendant tout le mois d'août ! Ce blog ne sera donc, lui aussi, en vacances. Je m'envole en effet dans quelques heures pour le Liban, direction Beyrouth, puis visite du pays , puis Syrie, puis Jordanie, puis retour au Liban. Nous serons 6, 3 filles et 3 garçons, une belle brochette de routards sac au dos !

Je ne serai pas ou peu joignable pendant cette période, et vous aurez de belles photos à mon retour, promis. 

Bien entendu je suis ravi de partir, quel voyage ! Quelle chance ! Mais je dois avouer que j'appréhende un peu le départ aussi. Je n'ai jamais quitté Varsovie si longtemps depuis que je suis là ; et pour une fois c'est moi qui part, c'est moi qui laisse des amis derrière moi. Et c'est aussi lié au fait qu'à mon retour de vacances, il me restera pile deux mois de vie à Varsovie. Ca sera donc sérieusement le début de la fin. Et bizarrement, je vis ce départ en vacances comme une sorte de répétition du grand Départ, fin octobre. Je compte bien tirer toute la moëlle des dernières semaines varsoviennes qu'il me restera en arrivant.

Ce sera donc un mois sans pierogis, sans vodka, sans Kamieniolomy, sans bars du Pawilione, sans concerts de Chopin, sans balades au parc Lazienki, sans écrans d'ordinateur, sans "dzien dobry" et "slucham", sans trams jaunes et rouges, sans palais de la culture, sans Praga

D'ici là bon vent, bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage à tous les autres, et pour ma part je vous retrouve en septembre.

Par R d C.
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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 15:26

Depuis mon arrivée à Varsovie, une catégorie de gens assez curieuse a attiré mon attention et m’a fait me poser pas mal de questions. Il s’agit des franco-polonais. Ils sont nombreux, ici ou en France, à avoir un parent français et un autre polonais. Bien souvent (mais pas toujours), c’est la mère qui est polonaise et le père qui est français, car, peut-être le saviez-vous, les polonaises sont une des premières nationalités étrangères que les français épousent. Et lorsqu'il y a un mariage franco-polonais, dans 80 % des cas, c'est la femme qui est polonaise. (source : revue européenne des migrations internationales, Dominique Giabiconi, 2005). Ainsi, c’est toute une diplomatie parallèle qui se tisse dans les draps des lits conjugaux.

 

Il faut dire que nos deux pays ont, depuis longtemps, une relation privilégiée - bien que les français aient parfois une image de gens peu courageux et peu fiables auprès des polonais -, et que les occasions, pour les polonais, de fuir leur pays n’ont pas manqué jusqu’à la fin des années 80, favorisant les unions mixtes. Parmi les autres facteurs de migration, on peut aussi citer la chute du mur de Berlin, puis la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne, et bien sur le développement économique de la Pologne et l’ouverture de filiale de boites françaises qui, depuis une quinzaine d’années, amènent leur lot d’expatriés français en Pologne.

 

Varsovie-juillet-2010 1662

 

Bref. Après quelques années, il y a beaucoup de jeunes franco-polonais, ici ou dans l’hexagone. A quoi ressemblent ces créatures mutantes ?

 

Ni tout à fait Français, ni complètement Polonais, leur père s’appelle François et leur mère s’appelle Gosia. Ils aiment les pierogis que fait leur grand-mère, mais mangent avec plaisir un bon steak saignant de temps en temps, ne rechignent pas à remplacer la vodka par un petit verre de rouge à table, sont assez patients pour faire la queue des heures à la poste mais sont tout de même un peu râleurs et exigeants au quotidien, trouvent que Paris est superbe mais rentrent à Varsovie pour les vacances, connaissent aussi bien Jean Moulin que Lech Walesa, déjeunent parfois dans les bars à lait mais savent bien s’habiller, ont des prénoms qu’on peut traduire dans les deux langues, rencontrent leur future femme en Pologne mais vont se marier à Montrésor, trouvent que les serveuses polonaises sont incompétentes mais n’ont pas oublié que les serveurs parisiens sont désagréables, attendent patiemment que le feu passe au rouge pour traverser mais font un bras d’honneur au type qui manque de les écraser, aiment le vrai camembert qui sent et boivent de la soupe bizarre en toute saison, lisent indifféremment Gombrowicz ou Maupassant.

 

Puis viennent les questions existentielles. Suis-je plus Français ou plus Polonais ? En quoi suis-je l’un, en quoi suis-je l’autre ? Quelle est ma langue maternelle ? Dans quel pays suis-je le plus chez moi ? Car qui dit double nationalité dit double héritage culturel, double référentiel, double famille, double pays. Tout en double. C’est parfois un peu lourd à porter, aux dires de certains. Surtout pendant l’adolescence.

 

Mais il semblerait qu’ils arrivent, plus tard, à faire la part des choses et garder le meilleur de chacune de leur patrie : le respect des traditions et des valeurs, le sens incroyable de la famille et la débrouillardise pour le côté polonais, la convivialité, le goût des bonnes choses et l’esprit critique pour le côté français. Parfois plus Français que Polonais (l’inverse est plus rare), le retour en Pologne pour un stage, un semestre d’étude, un VIE, leur permet de retrouver leurs racines et de renouer avec un passé qu’ils avaient un peu occulté, passé un peu douloureux parfois pour leur famille.

 

Leur ouverture d’esprit, leur maîtrise de deux langues voire plus, force un peu le respect. Ils forment un peu une sorte d’Intelligentsia varsovienne. Etre franco-polonais ou Polonais francophone, ici, c’est définitivement « in ». Preuve s’il en est que la maîtrise de la langue française n’est pas complètement tombée en désuétude.

 

A côté d’eux, il serait presque difficile, parfois, de ne pas se sentir engoncé dans une carapace franco-française. Difficile en effet de ne pas porter un regard de curiosité mêlée d’envie sur ces bipatrides, difficile ne pas se demander ce que cela fait d’être franco-polonais, ou Polonais de culture française.

 

Mais il n’y a pas de réponse à ces questions qu’il vaut mieux ne pas se poser de toute façon, et en définitive, j’aime à croire que les raisons qui font qu’on est amis ne figurent pas sur leur passeport.

Par R d C.
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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /Juil /2010 13:19

Cette année, on se serre la ceinture. La Garden Party de l’Élysée a été supprimée. Toute la France est au régime sec. Toute ? Non, une poignée de français irréductibles résiste, et refuse de se priver de foie gras et de champagne : les expatriés. La crise ? Connait pas. Qu’il est bon de faire mine d’être peu renseigné et un peu amnésique. Loin des yeux, loin du cœur, loin des problèmes franco-français.

 

La communauté française est assez importante à Varsovie. Le 14 juillet ne pouvait donc pas être un jour tout à fait comme les autres. L’année dernière, lorsque j’avais manifesté mon désir de me rendre au cocktail du 14 juillet à l’ambassade, on m’avait proprement envoyé paitre. « Trop tard, m’avait-on dit, il fallait vous manifester avant ». Cette année, rebelote, la même fonctionnaire (polonaise), aussi peu aimable, aussi peu avenante, m’a fait le même coup : « écoutez Monsieur, vous avez été prévenu, il fallait demander une invitation avant, la liste est close, c’est une décision de l’Ambassadeur ». Je précise que bien entendu, non, je n’avais pas été prévenu.

 

Il semblerait en fait que le précieux sésame soit dur à obtenir. Heureusement, qui dit réception à l’ambassade dit nourriture, qui dit nourriture dit sponsors, et qui dit sponsors dit C* (*c’est volontairement que je ne mentionne pas le nom de mon entreprise). Tout le ‘Head Management’ de ma boite étant français, il y avait quelques invitations qui circulaient en interne. S., l’autre VIE de C* et moi avons donc pu en avoir grâce à nos boss – un grand merci à eux -.

 

 

Une réception d’ambassade française, c’est comme le cocktail d’un grand mariage chic, mais avec dix fois plus de monde. Dans le jardin de la résidence, c’est un concours de talons, de plumes, d’étoles, de chemises, de cravates et de foulards. La moitié des invités sont des pique-assiettes polonais dont une partie n’a aucune espèce de lien avec la France. Costumes croisés à rayures, lunettes de soleil, teint halé et sourires bright, les golden boys de Varsovie sont là : avocats, financiers, PDG de filiales. Accompagnés parfois de jeunes femmes blondes, élégantes, au tailleur strict. Et bien entendu, quelques inévitables potiches. Quelques personnes au look improbable également : une femme très maquillée avec des mitaines blanches, un type avec des rastas et des lunettes rouges, un autre en jean et t-shirt.

 

Varsovie-juillet-2010 1672

 

Tout ce monde est là essentiellement pour trois choses : 1) Voir et être vu 2) le business et 3) la bouffe. Les gens sont organisés en demi-cercles concentriques autours des buffets sponsorisés : grande marque de vodka, grande marque française de fromage, traiteur-boulanger français, producteurs de vins. Les mains manucurées s’abattent précautionneusement sur des petits fours au saumon, les bouches ourlées de gloss engloutissent les macarons en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « smacznego ». Le champagne – le vrai, pas la version locale appelée ‘szampan’ - coule dans les gosiers. Les verres pleins se vident et les verres vides se plaignent. Peu de téméraires tentent la vodka au stand Wyborowa – il faut dire qu’à jeun et sous trente degrés, il y a de quoi tomber raide, même pour un polonais costaud -. Les gens déambulent, se baladent, c’est sympa cette petite sauterie ! Les jeunes filles en talon s’enfoncent dans les pelouses.

 

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Un orchestre joue tous les tubes désuets qui nourrissent les clichés français : « aux Champs-Elysées », tout le répertoire d’Edith Piaf, de Padam à la Vie en Rose en passant par Milord. Mon verre à la main, j’observe, j’écoute. N., amie VIE, fait de même. Voila ce qu’on entend ca et là :

 

  

« Tu sais, Géraldine est en vacances en Italie en ce moment, elle fait le tooour de l'Europe, mais elle a une chaaance fooollle »

 

« Marie-Laure est absente tout l’été, ils sont à l’île d’Yeu avec Philippe et leur cinq petits, je me demande qui va s’occuper de l’animation et des chants à la paroisse française ? »

 

« Ouais je l'ai uploadé sur mon wall Facebook »

 

« Qu'est-ce qu'on doit lui dire ? Bonjour Monsieur ? Votre excellence ? ».

 

« Mais c'est in-cro-a-i-able cette chaleur ! »

 

« On peut encore avoir du champagne ? ».

 

« Vous voulez visiter la résidence ? »

 

« Oui, le business marche plutôt pas mal, tenez, voici ma carte, appelez-moi à l'occasion »

 

« Il est bon ce paté. Du quoi ? Du foie gras ? »

 

L’ambassadeur arrive : costume impeccable, cravate Hermès, foulard assorti. Il fait son discours : une partie en français, une partie en polonais (ce qui permet à tout le monde de remarquer au passage qu’il ne maitrise pas la langue polonaise). Puis l’orchestre joue les hymnes polonais et français, durant lesquels tout le monde a au moins la décence de ne pas se gaver de macarons.

 

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Mais les meilleures choses ont une fin : au bout de deux heures, il est temps de reprendre le chemin du bureau, avec un chauffeur de taxi qui n’a pas bu que de l’eau. La digestion de l’après-midi ne se fait pas sans mal, mais bon, ce n’est pas tous les jours le 14 juillet.

Par R d C.
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 12:36

Ca fait longtemps que je n’ai pas pris le temps de blogger. Et j’en suis sincèrement désolé. Je n’ai d’autre excuse moins pitoyable que 1) le temps passe vite et 2) je suis assez occupé en ce moment... globalement, il y a eu un week-end à Cracovie, ou je logeais dans une espèce de squat aux murs peints de couleurs flashy, un ultime week-end à Prague et la fin de ces satanés trains de nuit, un week-end de quatre sympathiques amis français venus me rendre visite à Varsovie et pour qui j’avais concocté un petit week-end bling-bling VS alternatif, une redécouverte de Wrocław et de Poznań, un autre week-end avec une amie de Varsovie. Le petit tour continue et niveau villes polonaises, je vais bientôt m’arrêter là puisque j’en ai vu l’essentiel. Maintenant, mon esprit citadin crie: « CAMPAGNE » et c’est vrai que le calme, les champs de blé, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, tout ça me manque. I’m getting bucolique again. La météo n’y est pas pour rien : après un printemps assez pluvieux, depuis plus de deux semaines, il fait un temps superbe. Trente degrés et grand soleil tous les jours. Pas de doute, l’été varsovien sera hot.

 

Varsovie-au-printemps 0683

 

Que se passe-t-il en Pologne ? La béatification du père Popiełuszko, prêtre populaire assassiné par la milice communiste, a fait reconnaître publiquement le martyr et le courage de cet homme qui condamnait fermement, chaque dimanche, le régime en place. La victoire de Komorowski aux élections présidentielles, contre Kaczyński, frère jumeau du défunt président, va sans doute faire rentrer la Pologne dans une ère nouvelle. Une ère moins traditionnelle, plus ouverte sur l’Europe, pour le meilleur... et pour le pire. Bref, une nouvelle fois, j’ai l’impression de vivre l’histoire de la Pologne en direct. D’ailleurs, j’ai aperçu Kaczyński à la messe, hier. Qui aurait pu croire que ce petit homme frêle au costume sévère, surveillé par deux gardes du corps et qui priait comme un fidèle lambda, avait failli être président ?

 

 

 

Côté vie varsovienne, j’étanche ma soif de connaissance de la ville. C’est simple, j’ai envie de tout tester, de tout faire. Afin de ne partir, vraiment, sans aucun regret. Car oui, le départ, dans moins de quatre mois, m’angoisse et m’attriste. Les clubs alternatifs de Praga (Saturator et Fotoplastikon) : CHECK. Le brunch à volonté de l’Intercontinental, avec ses huîtres, son saumon, ses sushis, ses cocktails, ses viandes, ses desserts et sa fontaine de lait concentré sucré : CHECK. Le nouveau musée Chopin : CHECK. Les musées principaux : CHECK. Les 120 concerts de Chopin : CHECK. Les smoothies faits maison aux fruits frais délicieux qu’on peut acheter partout pour un prix ridicule (cerises, fraises, groseilles, framboises) : CHECK. Il reste tellement de choses à faire : faire un pique-nique au parc Saski, squatter la piscine et la salle de sport du Bristol, faire de la barque sur le lac d’un des nombreux parcs de la ville, visiter le musée de l’affiche, faire un barbecue à Wilanów...

 

Et sinon, après Marysia l’originale qui accrochait ses rastas au miroir de l’entrée, Sarah la bikeuse américano-polonaise alternative, Michał le philosophe francophone, Inez l’erasmus néerlandaise cuisinière et également bikeuse, j’accueille un nouveau (et ultime) coloc : Andrzej le casanier maniaque de la propreté. Une tornade. Un jeune ingénieur qui vient de la campagne et passe ses journées à récurer notre appartement, pourtant pas si sale. Le bonhomme, qui aime porter des gants en latex quand il fait le ménage, est très cash et même parfois carrément gaffeur. Après une petite soirée que j’ai organisée a la maison, il m’a dit: « tes amis sont très sympas ». Puis : « ça m’a beaucoup surpris ». What the hell ?!

 

Cette semaine, c’est la France qui est à l’honneur : mercredi, cocktail du 14 juillet à l’Ambassade de France, le soir, « bal du 14 juillet » (en réalité une soirée avec buffet français, dégustation de vins et open-cocktails) au Palais Foksal. Finalement, c’est agréable de retrouver un peu la patrie. Même si je n’ai pas totalement perdu le contact avec elle puisqu’une bonne partie de mes amis ici sont français ou au moins francophones.

 

Pour les vacances, dans deux semaines, je pars pour un mois au Moyen-Orient : Liban, Syrie, Jordanie (Chypre ?) au programme, avec quatre amis. J’attends ce voyage avec impatience. Et quand je rentrerai à Varsovie, on pourra vraiment dire que ce sera la dernière ligne droite puisqu’il ne me restera que deux mois à passer ici. Deux mois dont je compte bien profiter à fond, avec les musées manquants, les amis à voir, le bal des débutantes, et un ultime voyage routard : Varsovie – Budapest – Bratislava – Vienne. Ai-je hâte de retrouver Paris ? Vous vexeriez-vous si je vous disais que...non ?

 

Je termine ce petit post en vous disant qu’après 6 mois d’abstinence, nous avons ENFIN de nouveau Internet à la maison. Donc c’est promis, je vais reprendre le blogging intensif. D’ici là, bonnes vacances à ceux qui partent et bon courage à ceux qui restent.

Par R d C.
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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 17:52

Varsovie est coupée en deux par la Vistule, dont les bords en friche, lorsqu’ils ne sont pas inondés par la crue de la Vistule, sont plus propices au vagabondage et au trafic de drogue qu’aux balades romantiques au clair de lune. A l’ouest, le centre-ville, le quartier d’affaires, la vieille ville. A l’est, les immeubles délabrés, les trams vieillots et les clodos alcoolisés. Bienvenue à Praga. A première vue, il y a de quoi fuir.

 

Un peu d’histoire rapide sur le quartier : à la fin de la seconde guerre mondiale, tandis que les varsoviens se faisaient gentiment massacrer sur la rive gauche, les hommes de Staline attendaient sagement leur tour en observant la scène de la rive droite, Praga donc. La bataille finie, sous le règne soviétique, cette rive droite devint le quartier industriel et ouvrier de la ville ; l’ère communiste révolue, la transition communisme-capitaliste, fulgurante, se fit dans la douleur pour certains, et Praga concentre désormais les laissés-pour-compte de la ville : tout ce qu’on trouve de voyous au crâne rasé, de clochards déguenillés et de petits vieux essayant de survivre avec une retraite de misère.

 

Le quartier avait vraiment mauvaise réputation quand j’étais à Varsovie, il y a quatre ans de cela. Tout le monde me disait : « tu peux habiter partout mais surtout, évite Praga ». De nos jours, Praga, c’est les immeubles d’avant-guerre avec les impacts de balles, les longues avenues tronquées par les rails de trams rouges et jaunes des années 50, la grisaille, les boutiques de vodka avec des barreaux aux fenêtres, des cours d’immeuble avec les statues de la Vierge Marie qui s’effritent, le marché russe ou l’on peut acheter des armes, la communauté émigrée Vietnamienne (20 000 personnes, la plus importante de la ville), les bars à lait qui font office de cour des miracles. Il y a aussi les souterrains gris, le jeune joueur d’accordéon, les petits vieux qui vendent des fraises et des fleurs. Vous bousculez un de ces types au crâne rasé qu’on voit beaucoup dans le quartier ? Vos dents risquent de faire connaissance avec son poing, tandis qu’en guise de prélude, vous aurez le droit à un « co kurwa, chcesz w mordę ? » (« quoi, putain, t’en veux une dans ta gueule ? »).

 

Varsovie-au-printemps 0083

 

Mais Praga, ce n’est pas / plus seulement ça. Praga, c’est aussi des clubs electro, des bars rétro, une ancienne distillerie de vodka transformée en galerie d’art et en resto, des lofts post-industriels, des friperies tendances. Toute cette faune intello-artisto-bobo a été convaincue par un argument de choix : le prix du mètre carré, deux fois moins cher qu’en centre il y a encore peu de temps. C’est aussi là que Roman Polanski a tourné « Le Pianiste ». Une autre raison de l’intérêt porté à ce quartier est peut-être le côté un peu trop surfait, un peu clinquant, de la cité de l’autre côté de la Vistule : la vieille ville en carton-pâte envahie par les rares touristes égarés, Nowy Świat qui tient plus de Disneyland que des Champs-Élysées, le quartier d’affaires aux buildings rutilants de verre et d’acier... c’est pas leur came.

   

Parmi les endroits à ne pas manquer, le premier est sans doute l’Eglise orthodoxe, aleja Solidarności. C’est une grosse église jaune poussin, avec des tours torsadées dans le style moscovite. L’intérieur est magnifique, quoiqu’un peu surchargé de dorures. Dans une odeur d’encens, des dames d’un certain âge embrassent rituellement les icônes trois fois, avant de se signer sous la voûte multicolore.

 

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Un peu plus loin, après avoir traversé et longé le centre commercial, il y a la rue Ząbkowska. Arrêt devant un bar qui s’appelle « w Operach Absurdy ». Une immense araignée grimpe sur la façade. Elle doit bien faire un mètre de diamètre. Elle est menaçante, avec ses mandibules en plastique. A l’intérieur, c’est volontairement kitsch et cosy, les commodes anciennes y côtoient les statuettes de Vierges Marie en plâtre éclairées par des guirlandes de Noël. On s’assoit sur des fauteuils défoncés pour commander un thé. Pas le temps de s’éterniser. 

 

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Pause roborative au bar mleczny. C’est un microcosme, un échantillon représentatif des habitants du quartier. Petits vieux, clochards avinés, étudiants fauchés, travailleurs modestes (voir article précédent). Pour trois euros, j’y commande un repas complet et consistant. De quoi continuer à galoper toute la journée. Evitez la kotlet schabowy : elle est assez huileuse. Leurs pierogi ruskie, en revanche, sont fameux.

 

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Etape suivante : l’ancienne distillerie de vodka, Koneser, ulica Ząbkowska 27/31. Un ensemble de bâtiments en briques rouges immense, aux airs de forteresse. On rentre. On est accueilli par une sculpture d’Amy Winehouse, faite d’un seul tronc d’arbre. Un peu plus loin, une sculpture de métal figure un animal chimérique. La cour est absolument déserte. Je rentre dans la galerie d’art. Quelques tableaux disparates, des colliers en laine, une galeriste aux cheveux rouges qui sirote un thé. Au fond de la cour, des anciens conteneurs repeints, certains sont aménagés en mini-musée.

 

Varsovie-au-printemps 0101 Varsovie-au-printemps 0106

 

Suite de la visite : la Fabryka Trzciny, ulica Otwocka 14. Fermée aujourd’hui. Dommage. Qu’est-ce que c’est ? Une galerie photo, un bar, un restaurant tendance ? Un peu de tout ça. On reviendra. A ne pas manquer également, de l’autre cote de Targówa, au coin des rues Floriańska et Kłopotowskiego, près d’un immense building arc-en-ciel : une fanfare, la Kapela Podwórkowa. Un accordéoniste, une grosse caisse, un violon, une guitare, et une sorte de banjo. Ces hommes au gai visage jouent pour vous, ils connaissent des tas de morceaux, il n’y a qu’à demander. Leur particularité ? Ce sont...des statues en étain. Pour qu’ils vous jouent un morceau, il faut leur envoyer un SMS au 7141, en écrivant « kapela ».

 

 

Le soir, rendez-vous à Saturator, ulica 11 listopada 22. C’est un club sur trois niveaux. Au sous-sol, la boite de nuit. C’est bas de plafond. Ca a des allures de garages, avec son sol en ciment et ses poutrelles en béton. On commande un verre à une barmaid qui ressemble à Alice au pays des merveilles sous ecstasy : peau diaphane, lèvres carmin, cheveux bleus, ciseaux dorés autour du cou, elle est ficelée dans une robe ancienne et porte des chaussures vernies. Les décibels sont largement au-dessus de la limite autorisée et le DJ ne tourne probablement pas qu’avec des substances licites. Tous comme les clubbers qui se déchainent sur ses rythmes électro. Au rez-de-chaussée, le bar. Au 1er étage, encore le bar, et aussi la salle de concert, de temps à autre. C’est éclectique et électrique. Les jeunes branchés sont avachis sur des canapés défoncés. Le barman a un physique d’androgyne, on a du mal à distinguer du premier coup d’oeil si c’est un homme ou une femme. En tout cas, il parle bien anglais et sert des cocktails qui ne coûtent rien. Certains ont des noms très équivoques.

 

Bref, Praga, c’est tout ça, et encore plus. Si vous êtes à Varsovie, consacrez une journée à vous balader dans le quartier (ulica 11 Listopada, ulica Ząbkowska, ulica Floriańska), et une soirée pour découvrir les lieux nocturnes insolites de ce quartier si particulier.

Par R d C.
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