Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 15:26

Depuis mon arrivée à Varsovie, une catégorie de gens assez curieuse a attiré mon attention et m’a fait me poser pas mal de questions. Il s’agit des franco-polonais. Ils sont nombreux, ici ou en France, à avoir un parent français et un autre polonais. Bien souvent (mais pas toujours), c’est la mère qui est polonaise et le père qui est français, car, peut-être le saviez-vous, les polonaises sont une des premières nationalités étrangères que les français épousent. Et lorsqu'il y a un mariage franco-polonais, dans 80 % des cas, c'est la femme qui est polonaise. (source : revue européenne des migrations internationales, Dominique Giabiconi, 2005). Ainsi, c’est toute une diplomatie parallèle qui se tisse dans les draps des lits conjugaux.

 

Il faut dire que nos deux pays ont, depuis longtemps, une relation privilégiée - bien que les français aient parfois une image de gens peu courageux et peu fiables auprès des polonais -, et que les occasions, pour les polonais, de fuir leur pays n’ont pas manqué jusqu’à la fin des années 80, favorisant les unions mixtes. Parmi les autres facteurs de migration, on peut aussi citer la chute du mur de Berlin, puis la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne, et bien sur le développement économique de la Pologne et l’ouverture de filiale de boites françaises qui, depuis une quinzaine d’années, amènent leur lot d’expatriés français en Pologne.

 

Varsovie-juillet-2010 1662

 

Bref. Après quelques années, il y a beaucoup de jeunes franco-polonais, ici ou dans l’hexagone. A quoi ressemblent ces créatures mutantes ?

 

Ni tout à fait Français, ni complètement Polonais, leur père s’appelle François et leur mère s’appelle Gosia. Ils aiment les pierogis que fait leur grand-mère, mais mangent avec plaisir un bon steak saignant de temps en temps, ne rechignent pas à remplacer la vodka par un petit verre de rouge à table, sont assez patients pour faire la queue des heures à la poste mais sont tout de même un peu râleurs et exigeants au quotidien, trouvent que Paris est superbe mais rentrent à Varsovie pour les vacances, connaissent aussi bien Jean Moulin que Lech Walesa, déjeunent parfois dans les bars à lait mais savent bien s’habiller, ont des prénoms qu’on peut traduire dans les deux langues, rencontrent leur future femme en Pologne mais vont se marier à Montrésor, trouvent que les serveuses polonaises sont incompétentes mais n’ont pas oublié que les serveurs parisiens sont désagréables, attendent patiemment que le feu passe au rouge pour traverser mais font un bras d’honneur au type qui manque de les écraser, aiment le vrai camembert qui sent et boivent de la soupe bizarre en toute saison, lisent indifféremment Gombrowicz ou Maupassant.

 

Puis viennent les questions existentielles. Suis-je plus Français ou plus Polonais ? En quoi suis-je l’un, en quoi suis-je l’autre ? Quelle est ma langue maternelle ? Dans quel pays suis-je le plus chez moi ? Car qui dit double nationalité dit double héritage culturel, double référentiel, double famille, double pays. Tout en double. C’est parfois un peu lourd à porter, aux dires de certains. Surtout pendant l’adolescence.

 

Mais il semblerait qu’ils arrivent, plus tard, à faire la part des choses et garder le meilleur de chacune de leur patrie : le respect des traditions et des valeurs, le sens incroyable de la famille et la débrouillardise pour le côté polonais, la convivialité, le goût des bonnes choses et l’esprit critique pour le côté français. Parfois plus Français que Polonais (l’inverse est plus rare), le retour en Pologne pour un stage, un semestre d’étude, un VIE, leur permet de retrouver leurs racines et de renouer avec un passé qu’ils avaient un peu occulté, passé un peu douloureux parfois pour leur famille.

 

Leur ouverture d’esprit, leur maîtrise de deux langues voire plus, force un peu le respect. Ils forment un peu une sorte d’Intelligentsia varsovienne. Etre franco-polonais ou Polonais francophone, ici, c’est définitivement « in ». Preuve s’il en est que la maîtrise de la langue française n’est pas complètement tombée en désuétude.

 

A côté d’eux, il serait presque difficile, parfois, de ne pas se sentir engoncé dans une carapace franco-française. Difficile en effet de ne pas porter un regard de curiosité mêlée d’envie sur ces bipatrides, difficile ne pas se demander ce que cela fait d’être franco-polonais, ou Polonais de culture française.

 

Mais il n’y a pas de réponse à ces questions qu’il vaut mieux ne pas se poser de toute façon, et en définitive, j’aime à croire que les raisons qui font qu’on est amis ne figurent pas sur leur passeport.

Par R d C.
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